Comme elle avait cru au bon Dieu

Publié le par Hala Laamarti

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La salle du deuxième étage de la crêperie était déserte, si ce n’est d’un groupe de garçons bêtement rivés vers une grande télévision à écran plat, diffusant un épisode d’une série qu’ils n’avaient probablement  jamais regardée auparavant. Une femme de ménage, portant son tablier blanc comme il se doit, gardait jalousement l’entrée des toilettes.

Cependant, ils ne les voyaient même pas. Ils n’étaient nullement conscients des sons de la télévision, ni de l’attitude incompréhensiblement suffisante de l’ouvrière.

Ils se regardaient dans les yeux, se tenaient la main, et la femme lui caressait doucement le bout du genou quand la pression de ses doigts le lui permettait.

La gorge nouée par le chagrin, elle plongeait dans ses prunelles couleur de miel, mais n’osait pas prononcer le moindre son de peur de succomber aux larmes qui faisaient déjà briller son regard et Dieu sait d’où elle se procurait cette force de Titan pour les refouler.

L’homme quant à lui, parlait sans arrêt, d’une voix douce et apaisante, parlait de tout et de rien, tantôt racontait des anecdotes pour égayer sa compagne, sur un ton plein d’entrain que son air grave démentait, tantôt baissait le ton et caressait de son souffle et des mots doux le visage de la femme.

Il évoquait des souvenirs lointains, élaborait des projets d’avenir, et ses propos n’était qu’une panoplie de phrases hachées et sans aucune cohésion. Enfin il parlait comme seul pouvait parler un homme qui voyait pour la dernière fois la seule femme qu’il avait jamais aimée, et qu’il aimerait jamais.

Il la réconfortait alors qu’il était lui-même abattu, lui disait que tout n’était pas perdu, qu’ils se retrouveraient  et qu’il la rendrait heureuse.

Alors elle ne put plus se retenir et les larmes coulèrent au long de sa joue, chaudes et intarissables, mais silencieuses.

Elle ne doutait pas de ses paroles, elle y croyait comme elle avait cru au bon Dieu quand elle était petite, mais elle savait qu’en décidant de partir, elle avait signé par la même occasion la condamnation à mort de leur idylle.

 

 

Publié dans Essai

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A
<br /> Bienvenue dans la communauté "échange de commentaires"<br /> Bonne journée<br /> <br /> <br />
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C
<br /> Merci !<br /> <br /> <br />